Le groupe Volkswagen s’interroge sur la commercialisation de véhicules électriques à prolongateur d’autonomie (EREV) sur les marchés européen et américain, selon une étude interne rapportée par Bloomberg. Une décision finale dépendra impérativement de la demande client et d’un possible assouplissement de la réglementation européenne sur les émissions de CO2.
Volkswagen analyse la faisabilité des erev en europe et aux États-unis
Selon des informations relayées par l’agence Bloomberg, le constructeur automobile mène actuellement une étude approfondie pour évaluer la viabilité du lancement de véhicules EREV (Extended-Range Electric Vehicle). Un porte-parole du groupe a déclaré : « Nous observons l’évolution du marché et n’excluons pas cette technologie pour une future plateforme automobile. » Cette annonce, formulée avec une extrême prudence, ne constitue pas un engagement ferme mais reflète une réflexion stratégique en cours.
L’étude s’efforce de répondre aux besoins de plusieurs segments clients critiques :
- Les familles et les grands routiers : pour les trajets longue distance où l’infrastructure de recharge rapide peut encore faire défaut, notamment en zones rurales.
- Les flottes d’entreprise : qui recherchent une transition vers l’électrique sans compromettre l’opérabilité sur l’ensemble du territoire.
Pour ces utilisateurs, l’EREV promet l’autonomie électrique pour les trajets quotidiens, couplée à la tranquillité d’esprit d’un prolongateur d’autonomie pour les voyages occasionnels. Aucune date de décision ni de calendrier de lancement n’a été communiquée à ce stade.
Comment fonctionne la technologie du véhicule électrique à prolongateur d’autonomie ?
Un véhicule EREV est fondamentalement un véhicule électrique à batterie, dont les roues sont toujours entraînées par un moteur électrique. Il est équipé en plus d’un petit moteur thermique qui ne sert qu’à recharger la batterie lorsque son niveau est bas, agissant comme un générateur.
Flux d’énergie d’un EREV :
- Usage quotidien (batterie seule) : La batterie alimente le moteur électrique. Le véhicule roule en mode 100% électrique, sans émissions locales.
- Autonomie étendue (batterie faible) : Le moteur thermique s’enclenche pour générer de l’électricité et recharger la batterie, permettant de continuer à rouler.
- Recharge externe : La batterie peut être rechargée sur une prise ou une borne, comme un BEV.
Les avantages potentiels de cette technologie de transition sont multiples :
- Coût d’achat : Potentiellement inférieur à un BEV de même autonomie totale, grâce à une batterie plus petite.
- Simplicité mécanique : Moins complexe qu’un hybride rechargeable (PHEV) car il n’y a pas de double transmission.
- Autonomie totale élargie : Combinaison de l’autonomie électrique et de l’autonomie fournie par le réservoir de carburant.
Cependant, cette solution présente des contrepoints incontournables :
- Pertes d’efficacité : La conversion carburant → électricité → mouvement entraîne des pertes énergétiques.
- Émissions indirectes : Le véhicule émet du CO2 lorsque le moteur thermique tourne.
- Poids et entretien : Ajout du poids du groupe moto-générateur et de son système d’échappement.
Le contexte réglementaire européen : un facteur décisif pour l’avenir des erev
La réflexion de Volkswagen intervient dans un contexte réglementaire européen qui pourrait évoluer. La Commission européenne envisagerait un assouplissement de l’interdiction de vente de nouveaux véhicules à émissions de CO2 à partir de 2035.
Cette mesure, encore débattue, cherche à créer des exceptions pour les technologies de transition, potentiellement au bénéfice des véhicules équipés de prolongateurs d’autonomie, sous certaines conditions.
Scénarios réglementaires possibles :
- Scénario A (maintien strict) : L’interdiction 2035 reste inchangée. Les EREV, qui émettent du CO2, ne pourraient pas être vendus comme neufs après cette date.
- Scénario B (exceptions temporaires) : Des dérogations sont accordées pour des technologies de transition comme l’EREV, peut-être limitées dans le temps.
- Scénario C (révision des objectifs) : Les objectifs 2035 sont révisés, ouvrant la porte à une plus large adoption de technologies hybrides.
La réglementation européenne est un facteur décisif : elle détermine non seulement la légalité de la vente, mais aussi l’attractivité économique des véhicules.
L’erev, une solution de transition pragmatique vers la mobilité électrique
Plusieurs analystes voient dans l’EREV une solution de transition pragmatique. Le cabinet McKinsey estime que ces véhicules pourraient jouer un rôle important en attendant que l’infrastructure de recharge se densifie et que les coûts des batteries baissent.
La logique économique tend à reposer sur plusieurs piliers :
- Coût total de possession : Potentiellement compétitif face au BEV sur certains usages.
- Infrastructures de recharge : Le réseau européen, bien qu’en croissance, présente encore des disparités géographiques importantes.
- Vitesse de déploiement : L’EREV pourrait permettre une électrification plus rapide du parc, en rassurant les clients anxieux face à l’autonomie.
Cependant, cette transition comporte des risques inhérents :
- Verrouillage technologique : Investir dans une technologie de transition pourrait ralentir les investissements dans le BEV pur.
- Acceptabilité client : Les consommateurs devront comprendre le fonctionnement spécifique de l’EREV.
- Chaîne d’approvisionnement : Nécessite de développer de petits moteurs thermiques à très faibles émissions.
La position prudente de volkswagen et les critères de décision
La position officielle de Volkswagen reste extrêmement mesurée. Le groupe n’a pris aucune décision et son étude dépendra de plusieurs critères clés :
- La demande client : Des études de marché devront valider l’intérêt des consommateurs.
- La réglementation : L’évolution du cadre législatif européen, notamment autour de 2035, sera déterminante.
- Les coûts d’ingénierie : L’intégration d’un prolongateur sur les futures plateformes électriques doit être viable.
- Les synergies : Le projet doit trouver sa place sans cannibaliser les modèles BEV ou PHEV.
Étapes possibles avant une décision finale :
- Finalisation des études de marché internes.
- Développement de prototypes de démonstration.
- Lancements pilotes éventuels sur des marchés tests.
Le marché chinois des erev sert-il de modèle pour l’europe ?
La technologie EREV n’est pas nouvelle. Elle est déjà bien implantée en Chine, où des constructeurs comme Li Auto ou BYD en ont fait un argument commercial majeur.
Le succès chinois s’explique par un contexte spécifique :
- Incitations : Un cadre réglementaire et fiscal favorable.
- Infrastructures : Une couverture inégale des réseaux de recharge rapide.
- Habitudes d’usage : Des trajets fréquents sur de très longues distances.
La transférabilité de ce modèle au contexte européen n’est pas automatique. L’Europe dispose d’un réseau de recharge en développement accéléré et d’une réglementation plus stricte. L’EREV devra y trouver une justification économique et pratique propre.
Les lacunes d’information et les questions en suspens
À ce stade, l’annonce reste très qualitative. De nombreuses données techniques et commerciales cruciales manquent :
- Autonomie électrique projetée : Quelle capacité de batterie est envisagée ?
- Performances du générateur : Quelle puissance, quel carburant, quelles émissions ?
- Surcoût estimé : Quelle différence de prix par rapport à un BEV comparable ?
- Calendrier : Aucune date précise n’est avancée.
Ces informations pourraient être précisées dans de futurs communiqués de Volkswagen ou via les révélations de fournisseurs.
définitions rapides
- BEV (Battery Electric Vehicle) : Véhicule 100% électrique, propulsé uniquement par un ou plusieurs moteurs électriques alimentés par une batterie rechargeable.
- EREV (Extended-Range Electric Vehicle) : Véhicule électrique dont les roues sont toujours entraînées par un moteur électrique. Un petit moteur thermique sert uniquement de générateur pour recharger la batterie.
- PHEV (Plug-in Hybrid Electric Vehicle) : Véhicule hybride rechargeable équipé à la fois d’un moteur thermique et d’un moteur électrique pouvant entraîner les roues.
chronologie clé
- 2015-2020 : Essor des EREV en Chine, porté par des constructeurs locaux.
- 2021 : Proposition de la Commission européenne visant à interdire les ventes de nouvelles voitures à émissions de CO2 à partir de 2035.
- 2023-2024 : Débats au Parlement européen sur un possible assouplissement de l’interdiction 2035.
- Décembre 2024 : Bloomberg rapporte que Volkswagen étudie le lancement d’EREV en Europe et aux USA.
- 2025-2026 : Décision attendue de Volkswagen, sous réserve des résultats de l’étude.
impact pour le consommateur
- Usage : Vous rouleriez à l’électricité la plupart du temps, le moteur à essence ne servant qu’à recharger la batterie en cas de besoin sur les longs trajets.
- Coûts : Achat potentiellement moins cher qu’un BEV, mais avec des coûts de carburant si vous utilisez souvent le prolongateur.
- Entretien : Plus simple qu’une hybride classique, mais il faudra quand même entretenir le petit moteur thermique.
- Revente : La valeur future dépendra de l’acceptation de cette technologie de transition sur le marché de l’occasion.